Je suis chercheur en informatique théorique. Mon domaine est la planification automatique et le raisonnement épistémique : la conception d'algorithmes qui permettent à un agent autonome de raisonner sur ce qu'il sait, ne sait pas, et peut savoir, et d'en tirer des décisions rationnelles dans un cadre multi-agent partiellement observable. Mon travail s'inscrit dans la communauté de la planification symbolique — particulièrement autour de la Dynamic Epistemic Logic — et se confronte régulièrement à elle à travers les compétitions internationales et les conférences du domaine.
La question qui structure mes contributions est celle de l'arbitrage entre agir, observer, et déléguer l'observation. Un agent autonome n'a pas seulement à choisir quoi faire dans le monde : il doit aussi décider à quel moment il dispose d'une information suffisante pour agir, quand il vaut mieux la produire lui-même par une action perceptive, et quand il peut s'en remettre à d'autres capteurs ou à d'autres agents. Cette question, simple à énoncer, ouvre un ensemble de problèmes formels et algorithmiques qui structurent l'essentiel de ma recherche.
Une première ligne de travail concerne la conception d'algorithmes de recherche heuristique pour la planification épistémique. Il s'agit de proposer des planificateurs capables de traiter des problèmes où les actions modifient non seulement le monde mais aussi l'état de connaissance des agents, et de leur fournir des heuristiques qui guident efficacement la recherche sans exiger l'admissibilité au sens classique. Je privilégie dans ce travail des heuristiques légères et lisibles plutôt qu'optimales — non par pragmatisme, mais parce qu'une heuristique inadmissible mais informative éclaire souvent mieux la structure d'un problème qu'un calcul exhaustif. Les planificateurs qui en résultent sont confrontés à la communauté via les compétitions internationales du domaine.
Une seconde ligne de travail prend une orientation plus théorique. Certaines garanties classiques de complétude pour la planification en ligne sous observabilité partielle ne se transposent pas trivialement au cadre épistémique multi-agent : une même observation peut correspondre à plusieurs effets épistémiques incompatibles, et l'argument structurel sur lequel reposent ces garanties cesse de tenir. Je m'attache à identifier les conditions sous lesquelles ces garanties peuvent être restaurées — non par modification du formalisme, mais par identification de propriétés du protocole d'interaction. Ce travail fait dialoguer deux communautés qui se sont longtemps ignorées : la planification en ligne classique et la planification épistémique fondée sur la logique modale.
Le troisième volet de ma démarche relève d'une exigence épistémologique. À la manière d'un résultat prédit en physique théorique, qui ne s'établit qu'à condition d'être observé, mes contributions algorithmiques et formelles doivent être confrontées au monde réel pour démontrer qu'elles ne sont pas que des objets formels. Je conçois et construis donc le dispositif expérimental qui permet cette observation : un environnement physique instrumenté sur lequel des agents autonomes, instanciant mes planificateurs, agissent réellement. L'infrastructure perceptive y joue un double rôle — source d'observations exploitables par l'agent, et oracle empirique contre lequel la rationalité des décisions planifiées peut être mesurée a posteriori. C'est cette possibilité de réfutation expérimentale, rare dans une communauté qui valide principalement sur des domaines synthétiques, qui donne à mes contributions théoriques leur statut d'objets falsifiables.
Une parcimonie computationnelle traverse l'ensemble de cette démarche, davantage comme une habitude de pensée que comme un programme : préférer ce qui est lisible à ce qui est seulement optimal, n'engager une vérification que lorsque l'ambiguïté l'exige, n'observer que lorsqu'aucun capteur déjà disponible ne peut répondre. C'est moins une posture qu'une discipline de conception, qui découle naturellement du primat donné à la décision sur le calcul.